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La Musicale novembre 2025 : Pompe et circonstance

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Edito

Cette année, le festival Monte le son est consacré aux instruments insolites. Alors bien sûr, La Musicale s'empare du sujet ! Bricoler, transformer, inventer : la musique aussi aime mettre les mains à la pâte. Nous verrons comment l'adaptation d'une chanson peut dénaturer son message d'origine. Puis nous découvrirons, dans l'univers de la lutherie, comment le bricolage rencontre l'expertise. Et enfin, nous terminerons avec l'histoire d'un incontournable : la scie musicale, un instrument surprenant et poétique.

En novembre à la MMP, deux occasions pour écouter des instruments inhabituels : le carnyx le 21, et les structures sonores Baschet le 26 !

Salut les p'tits clous

Si j'avais un marteau (pour mettre fin aux injustices)

Quel est le rapport entre Si j'avais un marteau, tube yéyé un brin conservateur, hymne au travail et à la famille, et les émeutes de Peekskill, temps fort de la lutte contre les droits civiques, en 1949 ? Un homme, Pete Seeger, héraut de la musique folk américaine, qui composa l'originale If I had a hammer, en 1949. Ce chanteur-auteur, joueur de banjo, est l'un de ceux qui vont "codifier" en grande partie le patrimoine de la musique américaine, en transcrivant pour la bibliothèque du Congrès le répertoire des chansons folk collectées à travers le pays par Alan Lomax. Après sa rencontre avec Woody Guthrie, Pete Seeger devient musicien à temps plein, animé comme lui de convictions politiques qui le placent très à gauche de l'échiquier politique. Dans une Amérique en proie à la terreur communiste, Pete Seeger et son groupe, les Weavers (composé de Seeger, Lee Hays, Ronnie Gilbert et Fred Hellerman), ne sont donc pas les bienvenus, et se retrouvent blacklistés des radios et des médias. En 1949, Seeger et Hays composent If I Had a Hammer, dans la tradition des protest songs. Seeger dira de la chanson : "Le message était que nous avions les outils et nous allions réussir (...) nous allions surmonter. C'est le marteau de la justice, la cloche de la liberté, la chanson de l'amour."

 

Créée à l'occasion d'un concert de soutien à des membres du parti communiste américain inculpés de tentative de coup d'État, la chanson est reprise le 27 août en première partie du concert de Paul Robeson, un chanteur afro-américain, à Peekskill. Paul Robeson, artiste connu pour ses positions pro-syndicat, pro-communistes et anti-coloniales, doit se produire à Peekskill, au nord de l'Etat de New York. Alors que la Guerre froide débute, ses prises de position l'assimilent pour beaucoup à l'ennemi soviétique. En marge du concert, des vétérans de la Seconde Guerre mondiale et les partisans de Robeson vont s'affronter dans ce qui va devenir les Peekskill riots, et qui marquent un tournant dans la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. Cependant, si If I Had a Hammer connaît là une première postérité, les Weavers, blacklistés pour leurs opinions politiques, ne parviennent pas à la faire enregistrer. Finalement, c'est en 1962 que la chanson devient le succès qu'on lui connaît. Enregistré par le groupe Peter, Paul and Mary, le titre se classe n° 10 au hit-parade, avant d'être repris et traduit dans de nombreuses langues.

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La même année, Trini Lopez, chanteur américain d'origine mexicaine, par ailleurs interprète de La Bamba, reprend If I had a Hammer. Sa version séduit Claude François, qui en demande l'adaptation à la parolière Vline Buggy, qui en fait une chanson exaltant les valeurs familiales, à l'inverse du message de rébellion de l'original. La chanson sera n°1 au hit-parade de l'hiver 1962. Pete Seeger continuera, jusqu'à sa mort en 2014, à composer des hymnes politiques. Compagnon de route de Woody Guthrie, inspiration de Bob Dylan, puis de Bruce Springsteen, avec qui il chantera, lors de l'investiture de Barack Obama, un autre classique du répertoire des protest songs : This land is your land de Woody Guthrie. Une chanson tristement toujours d'actualité.

Lutherie : l'envers du D chord

Si le travail du luthier évoque le raffinement artisanal et le savoir-faire d'atelier, il arrive que son quotidien soit bousculé par des instruments "bricolés maison", rescapés d'interventions hasardeuses.

 

François Champarnaud et Ian McCamy, luthiers rue de Rome à Paris, racontent : "Pour le musicien bricoleur, la tentation est grande : une petite fissure, une cheville qui coince, et on se dit qu'un peu d'astuce suffira. Sauf que l'équilibre sonore de l'instrument est très fragile, et que les ratages sont nombreux. On a vu des clés mécaniques de guitare montées sur un violon, ou encore un chevalet collé à la super glu. Les gens qui n'ont jamais vu un instrument démonté ne savent pas forcément qu'un chevalet, ça ne se colle surtout pas !"

 

Ces bricolages peuvent faire sourire, mais ils racontent surtout une réalité : quand on n'a ni luthier à proximité, ni budget, on se débrouille. C'est particulièrement vrai en milieu rural, où les luthiers sont rares, ou dans l'univers des musiques trad. On adapte, on rafistole - souvent avec bon sens, mais parfois au détriment de l'instrument. Un bouchon de liège coincé dans la hausse pour maintenir tendue une mèche usée, un bout de carton sous une corde qui frise... "C'est du provisoire, dit François, et parfois même, du provisoire qui dure. Mais d'autres fois, le bricolage peut causer des dégâts coûteux, voire irréversibles." Par exemple, un musicien qui voulait électrifier son violon a décidé de faire lui-même deux trous dans la table, pour y installer un potentiomètre et une molette de volume. Ou encore, ce violoncelle lavé à grande eau : vernis ruiné, bois imbibé, table décollée, que le propriétaire avait cru bon... de clouer. Car derrière chaque rafistolage, il y a souvent une histoire d'attachement profond à l'instrument. Et c'est cela, peut-être, qui relie le bricoleur et le luthier : faire en sorte que la musique continue.

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L'atelier de François Champarnaud et Ian McCamy, 58 rue de Rome à Paris. À droite, un violon en très mauvais état !

Pour François et Ian, la frontière est claire : "Le bricolage, c'est l'absence de technique. La réparation, c'est de l'expérience." Le savoir-faire repose sur des années de pratique et de précision, ce qu'un bricoleur, même habile, ne peut improviser. Reste à savoir si l'instrument "en vaut la peine". Dans certains cas, un dépannage léger suffit, et le luthier peut accompagner le musicien dans un compromis assumé. Un équilibre entre urgence, débrouille, et respect du son. Mais d'autres interventions sont plus lourdes. Désenclaver un manche mal anglé, par exemple, demande une vraie technique. Et quand les réparations coûtent plus cher que l'instrument lui-même, tout l'enjeu est d'évaluer si cela a du sens.

Pour finir, une anecdote : le violon Stradivarius Gibson-Huberman, volé en 1936, a été recouvert d'un vernis épais et opaque destiné à le camoufler tout en continuant à être joué. Sur son lit de mort, le voleur a avoué à sa femme la véritable identité de l'instrument. Ce maquillage grossier l'avait rendu méconnaissable pendant un demi-siècle... avant que la restauration ne révèle à nouveau sa splendeur. Le bricolage peut faire illusion un temps, mais il finit toujours par montrer ses limites - et rappeler que rien ne remplace le geste du métier !

L'âme sonore de la scie

D'après la légende, c'est en Argentine, ou peut-être au Canada, que des bûcherons, en aiguisant la lame de leur scie, s'aperçoivent qu'elle résonne étrangement. Frappée à une place précise, infléchie d'une certaine manière, leur outil se met à chanter de manière ravissante, éthérée, presque séraphique...

Munie d'un archet sous sa forme égoïne, la scie musicale est très utilisée au début du 20e siècle, notamment dans les cirques. Cet objet auparavant perçu comme grotesque est aujourd'hui considéré comme un véritable instrument de musique, de la famille des idiophones : toute sa matière entre en vibration lorsqu'il est frappé (triangle, xylophone, cloches, castagnettes, manche à balai - souvent utilisé pour remplacer la contrebasse), frotté (scie musicale, verre en cristal, bol chantant), gratté (crécelle) ou pincé (guimbarde, sanza). C'est vers 1950, avec les travaux de Jacques Keller, que la scie retrouve un peu de sérieux. Le musicien change l'alliage de métaux de la lame, lui donne une forme trapézoïdale, retire les dents pour plus de justesse. Au pied de la lame, une crosse ergonomique vient se loger entre les jambes de l'exécutant assis. Au sommet, une poignée d'inflexion permet de maintenir la courbure en "S", indispensable pour que la lame chante, et de déplacer par pression de la main le "point qui chante" vers le haut pour un son plus aigu, ou vers le bas, plus large, pour un son plus grave. Le vibrato s'effectue grâce au mouvement de la jambe droite. Keller la baptise "lame sonore".

 

Cette super scie augmentée aux sonorités limpides et charmeuses autorise un jeu plus précis, plus nuancé, et gagne ses lettres de noblesse auprès des compositeurs. Henri Sauguet écrit en 1949 : "Ce nouvel instrument vient ajouter sa noble et belle voix au groupe des instruments chanteurs mis au service de l'expression musicale. Poétique par essence, propre aux sentiments nostalgiques, douloureux, extatiques, mais aussi fait pour la prière et la sérénité."

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"Sonilame" du Musée de la musique (photo C. Germain). Marlene Dietrich. La lame sonore, son étude méthodique.

Pour le musicien et facteur d'instrument Alexis Faucomprez, "c'est comme une extension corporelle de notre pensée musicale, comme si vous possédiez une voix de quatre octaves et que la lame faisait office de cordes vocales... Si vous savez chanter quelque chose, vous saurez le rejouer à la scie musicale, en sachant exactement, corporellement, où se trouvent les sons."

 

Ce son est désormais ample, puissant. Sans être un instrument de concerto, car elle s'accommode mal d'une partition trop virtuose, la lame sonore permet toutefois le jeu en orchestre. On la retrouve chez Chostakovitch, dans Le Nez. Ernst Křenek l'inclut dans son opéra jazz Jonny mène la danse pour donner le caractère des Skiffle-Jazz de Harlem. Plus près de nous, on l'entend dans The Mannheim Rocket, œuvre pour orchestre de John Corigliano (2001).

De nos jours, Alexis Faucomprez évoque "un regain d'intérêt pour la scie musicale dans le monde de la musique" et un "instrument qui se renouvelle constamment. On peut désormais l'amplifier, avec des pédales d'effets par exemple, et accéder à de nouvelles sonorités".

Le rabicoin

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En 1952, Brassens traverse une période de découragement lorsqu'il est présenté à Patachou, qui reconnaît immédiatement la force de ses chansons. Elle l'engage et contribue largement à son lancement artistique. Leur collaboration, à la fois professionnelle et intime, devient déterminante pour affirmer le style du jeune auteur-compositeur. Le 23 décembre 1952, Patachou enregistre neuf titres de Brassens pour l'album Patachou chante Brassens, dont Le Bricoleur, une exclusivité écrite pour elle et que seule Patachou interprète alors, marquant un moment clé de cette période fondatrice.

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